Analyse de l'environnement - Terre-Neuve-et-Labrador: 2018

Faits saillants

  • La conjoncture économique mondiale s’est améliorée en 2017 grâce à une croissance plus importante que prévu dans les économies avancées. Les prévisions indiquent qu’en 2018 et 2019, la croissance mondiale devrait demeurer élevée et se stabiliser autour de 3,5 % par année.

  • Les États-Unis, de loin le plus important partenaire commercial de la région de l’Atlantique, sont en voie de de connaitre la plus longue reprise économique de leur histoire. La hausse du PIB réel de 1,9 % en 2016 à 2,3 % l’an dernier a pu être réalisée grâce à la forte accélération survenue au cours de la deuxième moitié de l’année. Le rythme moyen des gains mensuels d’emplois a quelque peu ralenti, mais pas suffisamment pour empêcher le taux de chômage, qui se situe actuellement à 4,1 %, de baisser davantage. Par ailleurs, étant donné que la hausse des salaires mène à une hausse de l’inflation, la Réserve fédérale réagira en augmentant le taux des fonds fédéraux encore plus rapidement en 2018. Dans ce contexte, la croissance du PIB réel américain devrait ralentir et passer de 2,6 % en 2018 à 2,3 % en 2019.

  • Au Canada, la croissance économique a considérablement rebondi en 2017, après avoir été modérée par des facteurs temporaires comme les feux de forêt qui ont fait rage dans les provinces de l’Ouest en 2016. En effet, la Banque du Canada estime que le PIB réel a augmenté de 3,0 % l’an dernier, en grande partie grâce à une importante reprise des exportations énergétiques et à une forte croissance des dépenses des ménages. Un ralentissement graduel du rythme des gains d’emplois combiné à la modération de la croissance du revenu des ménages devrait limiter la croissance économique à 2,2 % en 2018 et à 1,6 % en 2019.

  • Au cours des quatre dernières années, le marché du travail s’est affaibli à Terre-Neuve-et-Labrador et on prévoit d’autres pertes au chapitre de l’emploi dans les années à venir. La tendance à la baisse des dépenses en immobilisations devrait se poursuivre, tandis que déclinent les activités liées à de grands projets. Puisque le gouvernement provincial cherche à réduire un déficit budgétaire important, il fait preuve d’une plus grande rigueur financière. Les mesures ainsi prises auront des répercussions dans tous les secteurs de l’économie. Alors que le début de la production dans le cadre du projet pétrolier Hebron augmentera les redevances versées au gouvernement, des industries clés font face à des circonstances très difficiles; dans le cas de l’industrie de la pêche, les réserves de mollusques et de crustacés se sont considérablement réduites et il faudra des années avant que les poissons de fond puissent générer des revenues viables.

  • De plus, la province est confrontée à d’importants défis démographiques : une population vieillissante, de faibles taux de natalité et des niveaux d’immigration relativement bas. Cependant, la province a apporté des améliorations pour attirer des immigrants; le gouvernement provincial cherche activement à accroître le taux d’immigration.

Aperçu et contexte économique

Économie mondiale : L’activité économique mondiale continue de se redresser dans un contexte où les perspectives sont favorables aux économies avancées

Après un redressement dans la deuxième moitié de 2016, la conjoncture économique mondiale a pris encore plus de vigueur pendant la majeure partie de 2017. Pour ce qui est de l’ensemble de l’année, on estime que le PIB réel mondial a grimpé de 3,6 % en 2017, une hausse par rapport à 3,0 % en 2016. Pour l’avenir, la croissance économique devrait se stabiliser autour de 3,5 % en 2018 et en 2019.

La vigueur de l’activité économique mondiale a été appuyée par la croissance soutenue de l’économie dans les marchés émergents et par la croissance plus élevée que prévu dans les économies avancées. Les améliorations dans ces dernières étaient généralisées, quoique la croissance en Europe et surtout en Asie ait facilement dépassé les attentes. En dépit d’une instabilité politique dans certaines nations membres, la croissance dans la zone euro a été assez généralisée et les conditions liées au marché du travail ont continué de s’améliorer. Les négociations entourant la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne se poursuivent et représentent un risque modéré pour les économies de la région. Le niveau d’inflation inférieur à la cible dans de nombreuses économies avancées a permis aux banques centrales de maintenir les taux d’intérêt près des planchers historiques. Puisque les conditions du marché du travail continuent de se renforcer, exerçant une pression à la hausse sur l’inflation, les banques centrales réagiront en augmentant graduellement les taux d’intérêt prochainement.

L’économie américaine, de loin le plus important marché d’exportation de la région de l’Atlantique, est en voie d’égaler la plus longue période de reprise de son histoire. Après un lent début d’année en 2017, l’activité économique américaine s’est considérablement redressée au cours de la deuxième moitié de 2017. Le principal responsable de ce redressement a été l’accélération marquée des dépenses des ménages, conséquence de gains d’emplois stables et de la confiance accrue des consommateurs. Les investissements des entreprises se sont raffermis pendant la majeure partie de l’année, reflet d’une contribution croissante du secteur de l’énergie et, plus récemment, de mesures fiscales (notamment des réductions d’impôt) et de réformes des politiques relatives au commerce. Le prix des maisons demeure abordable, malgré la hausse des taux hypothécaires, et les mises en chantier continuent de grimper vers les niveaux précédant la récession. Les conditions du marché du travail demeurent bonnes et le rythme moyen des gains d’emplois mensuels demeure supérieur à 150 000, ce qui est sans précédent compte tenu du stade tardif de la reprise. Le taux de chômage a continué de diminuer tout au long de 2017 pour s’établir à 4,1 %. Malgré un marché du travail aussi proche du plein emploi, la hausse des salaires n’a commencé à s’accélérer que récemment.

À court terme, la croissance économique aux États -Unis  devrait demeurer élevée, car une dépréciation du dollar pondérée en fonction des échanges favorise d’autres contributions du commerce net. L’activité économique bénéficiera d’un léger coup de pouce provenant des récentes mesures fiscales, notamment de la réduction des impôts des particuliers et des entreprises. La pression accrue sur le déficit budgétaire pourrait inciter les investisseurs à exiger éventuellement des rendements plus élevés sur la dette américaine, ce qui exercera toutefois une pression à la hausse sur les taux d’intérêt à long terme. La façon dont ces mesures de stimulation auront une incidence sur l’inflation déterminera la rapidité avec laquelle la Réserve fédérale sera tenue d'augmenter les taux d'intérêt. Tout ceci revient à dire que les taux d’intérêts vont inexorablement augmenter au cours de l’horizon prévisionnel, ce qui enclenchera un ralentissement graduel des entreprises et des dépenses des consommateurs. Dans ce contexte, après  s’être établi à environ 2,6 % en 2018, la croissance du PIB réel aux États-Unis ralentira pour s’établir à environ 2,3 % en 2019.

Tableau 1 : Projection de la croissance économique mondiale
  Croissance prévue (%)
2017 2018 2019
États-Unis 2,3 (2,2) 2,6 (2,2) 2,3 (2,0)
Reste du monde 1,4 (1,4) 2,0 (2,2) 2,5 (2,8)
Chine 6,8 (6,8) 6,4 (6,4) 6,3 (6,3)
Importateurs de pétrole (économies de marché émergentes) 4,3 (4,0) 4,2 (4,0) 4,2 (4,2)
Zone euro 2,5 (2,3) 2,2 (1,8) 1,6 (1,6)
Monde 3,6 (3,4) 3,6 (3,4) 3,5 (3,5)

Sources : Banque du Canada, Rapport sur la politique monétaire, janvier 2018, Les chiffres entre parenthèses sont les projections utilisées dans le Rapport sur la politique monétaire précédent de la Banque du Canada (octobre 2017)

La croissance économique mondiale devrait demeurer stable, et le PIB réel devrait augmenter de 3,6 % en 2018 et de 3,5 % en 2019. Après avoir été une contributrice clé de la croissance mondiale, l’économie chinoise ne contribuera que légèrement à la croissance mondiale, puisque son taux d’expansion ralentira pour passer de 6,8 % en 2017 à 6,4 % en 2018 et 6,3 % en 2019. Dans les économies développées, la croissance sera la plus forte aux États-Unis, alors qu’elle diminuera dans la zone euro avec le ralentissement de la demande intérieure. En particulier, certaines de ces économies approchent du plein emploi, ce qui suggère que la croissance de l’emploi diminuera et pèsera sur les dépenses de consommation. Parallèlement, l’augmentation de l’inflation incitera les banques à augmenter leurs taux d’intérêt. D’autre part, une certaine incertitude entoure les perspectives, notamment en ce qui a trait aux développements géopolitiques et aux politiques commerciales, comme la montée du protectionnisme et ses impacts sur l’investissement des entreprises et le commerce. Les défis structurels, comme le vieillissement de la population et une faible croissance de la productivité, représentent une source de risque à long terme.

Canada : Reprise de l’activité économique en 2017, même si une incertitude relative au commerce international pourrait avoir des répercussions sur la croissance future

La croissance économique a connu une reprise remarquable en 2017, après des gains modestes en 2016. La croissance a été plus prononcée pendant la première moitié de l’année, mais elle a ralenti au cours des deux derniers trimestres. La Banque du Canada estime à 3,0 % la croissance du PIB réel en 2017, grâce à une forte contribution de la consommation; la croissance a toutefois été limitée dans une certaine mesure par les exportations nettes, qui, selon les estimations, ont été soustraites de la croissance. Un ralentissement graduel du rythme de la croissance de l’emploi jumelé à une modération de la croissance du revenu des ménages devrait limiter la croissance économique à 2,2 % en 2018 et à 1,6 % en 2019.

Le secteur de la production de biens et le secteur des services ont tous deux contribué à la croissance en 2017. Ayant été le principal moteur de la croissance pendant un certain nombre d’années, le secteur des services devrait être la source de croissance la plus durable à moyen terme. Néanmoins, après avoir été mis à mal par la faiblesse des prix des produits de base au cours des deux dernières années, le secteur de la production de biens a connu une expansion considérable, avec une contribution importante de l’industrie de l’extraction minière, de l’exploitation en carrière et de l’extraction de pétrole et de gaz. La valeur du dollar canadien demeure relativement basse, ce qui, à court terme, devrait continuer de fournir un certain soutien aux exportateurs.

Le principal contributeur à la croissance de 2017 était les dépenses des ménages, soutenues par des gains stables en emploi et une augmentation de la croissance des salaires. Malgré des mesures politiques visant à tempérer les marchés immobiliers surévalués dans certains des grands centres urbains, près de 220 000 mises en chantier ont eu lieu en 2017; il s’agit du plus haut niveau d’activité en dix ans. Même si les conditions financières sont restées favorables tout au long de l’année, les prochaines hausses des taux d’intérêt de la Banque du Canada commenceront à peser non seulement sur l’immobilier, mais également sur les biens de consommation, en particulier les biens durables sensibles aux taux d’intérêt. Des niveaux élevés d’endettement des ménages et des lignes directrices plus strictes en matière de prêts hypothécaires amplifieront les effets de la hausse des taux d’intérêt sur la consommation.

En 2017, les investissements des entreprises ont bénéficié d’une importante contribution des dépenses pour les infrastructures publiques. D’un point de vue global, l’économie fonctionne presque au maximum de sa capacité, ce qui signifie que de nombreuses entreprises auront besoin d’investissements supplémentaires pour répondre à une demande extérieure croissante. Une exception notable a été le secteur de l’énergie, qui fonctionne en deçà de ses capacités, ce qui n’incite guère à l’investissement, malgré la hausse des prix de l’énergie. Les importantes réductions des taux d’imposition des sociétés et des particuliers aux États-Unis risquent également de peser sur les investissements des entreprises, ce qui désavantage beaucoup d'entreprises canadiennes.

Malgré tout, les exportations devraient reprendre de façon modérée en raison de la demande stable des partenaires commerciaux dans les économies développées. Une tendance croissante vers des politiques commerciales de plus en plus protectionnistes, particulièrement aux États-Unis, amène un grand niveau d’incertitude par rapport aux perspectives canadiennes. D’ailleurs, les États-Unis ont déjà commencé à percevoir des droits de douane sur les aéronefs, le bois d’oeuvre, et le papier journal.

Les négociations en cours dans le cadre de l’ Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) ajoutent certainement un autre niveau d’incertitude par rapport à l’avenir, en partie en raison du grand nombre de variables et de facteurs inconnus. Quoi qu’il en soit, les États-Unis représentent près de 80 % des exportations du Canada et des changements apportés à l’ALENA, ou même un retrait complet de l’accord, auront une incidence notable sur l’ensemble de l’activité économique. L’abolition complète de l’ALENA signifie que le commerce entre les deux pays serait probablement régi par les règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), ce qui entraînerait le retour de droits de douane abandonnés depuis longtemps dans plusieurs industries.

Terre-Neuve-et-Labrador : Une économie en difficulté pendant les prochaines années

La province a connu une année difficile en 2017. Les dépenses en immobilisations ont diminué, étant donné l’achèvement du projet pétrolier Hebron. Les dépenses associées au projet de centrale hydroélectrique de Muskrat Falls sont demeurées importantes, mais les dépenses de consommation ont fléchi et celles du gouvernement ont été freinées. Étant donné les difficultés sur le marché du travail et la réduction des investissements des entreprises, le Conference Board du Canada prévoyait une baisse de 3,1 % du produit intérieur brut (PIB) réel en 2017; cela s’est révélé être le rendement économique le plus faible au pays. Par ailleurs, il est prévu que la société Hebron exploitera bientôt le champ pétrolier en mer; le Conference Board du Canada prévoit donc une augmentation de 2,4 % du PIB réel en 2018 et de 4,1 % en 2019, malgré une diminution des niveaux d’emploi.

Les redevances pétrolières occupent une place considérable dans les recettes du gouvernement provincial. Au début des années  2010, lorsque le prix du pétrole était plus élevé, ces redevances représentaient habituellement plus de 30 % de chaque dollar encaissé par le gouvernement provincial. Cependant, la chute du prix du pétrole et la diminution de la production ont eu des effets néfastes sur la situation financière de ce gouvernement. Le prix du pétrole, plus bas que prévu, est le principal facteur responsable de l’augmentation du déficit du gouvernement provincial pendant l’exercice 2015-2016 : il est en effet passé de 1,1 milliard de dollars au printemps 2015 à plus de 1,9 milliard de dollars à la fin de cette même année. Pour 2017-2018, le déficit devrait s’élever à 812 millions de dollars; il devrait passer à 683 millions de dollars pour l’exercice 2018-2019.

Malgré certaines améliorations au chapitre du prix du pétrole, on s ’attend à ce que les investissements dans des projets liés aux sables bitumineux de l’Alberta demeurent relativement bas. Diverses installations de forage qui se trouvent en Alberta seront transférées au Texas, où les perspectives d’avenir sont meilleures. La diminution de l’activité dans la province de l’Alberta a des répercussions directes sur les travailleurs de Terre-Neuve-et-Labrador qui avaient l’habitude de se rendre en Alberta pour y travailler. Au-delà de la diminution des recettes directes, les entreprises qui comptent sur les recettes provenant du travail effectué en Alberta subiront également les effets néfastes de cette situation.

Les changements démographiques qui s’opèrent dans la région constituent l’un des plus grands défis auxquels est confrontée l’économie de Terre-Neuve-et-Labrador. Le taux de natalité relativement bas, le nombre peu élevé d’immigrants et l’exode des jeunes vers d’autres provinces se sont traduits par une population vieillissante -l’une des plus vieilles au Canada. Ce défi pourrait devenir plus grand, étant donné que les perspectives d’emplois réduites peuvent provoquer une hausse du taux d’exode. De plus, les régions rurales de la province se composent d’une population plus vieille et qui vieillit plus rapidement que celle des régions urbaines. La population vieillissante est perçue comme étant une difficulté en ce a qui a trait à la main-d’oeuvre qu’il est nécessaire de fournir pour les projets de développement dans la province; de même, elle risque de nuire à l’activité économique en général. L’immigration est considérée comme un facteur très important quant à l’avenir financier de la province, non seulement pour maintenir la taille de la population, mais aussi pour pourvoir des postes destinés à des travailleurs hautement qualifiés. Dans son budget de 2018-2019, le gouvernement provincial a prévu d’autres mesures visant à faire augmenter le niveau d’immigration de 50 %, soit 1 700 nouveaux arrivants, d’ici 2022.

Marché du travail

Canada : Le marché du travail connaît sa croissance la plus rapide depuis la période précédant la récession

En 2017, le marché du travail canadien a connu quelques améliorations. La majorité de l'augmentation de près de 400 000 emplois était concentrée dans des emplois à temps plein et bien rémunérés. À l'exception de l’Île-du-Prince-Édouard, la croissance de l'emploi a été la plus forte dans les trois plus grandes provinces du pays (Colombie-Britannique, Québec et Ontario). Sinon, seule Terre-Neuve-et-Labrador a enregistré un déclin significatif.

Graphique 1 : Croissance de l'emploi (en %), 2016 à 2017
Graphique 1 : Canada et les provinces : Croissance de l'empoi de 2016 à 2017
Montrer le tableau de données: Croissance de l'emploi (en %), 2016 à 2017
Croissance de l'emploi (en %),2016 à 2017
Province / territoire Employment growth
C.-B. 3,7%
Î.-P.-É. 3,1%
Qc 2,2%
Ont. 1,8%
Man. 1,7%
Alb. 1,0%
N.-É. 0,6%
N.-B. 0,4%
Sask. -0,2%
T.-N.-L. -3,7%

Source : Les données ont été calculées en se fondant sur les estimations de l'Enquête sur la population active de Statistique Canada

Grâce à une hausse de l’emploi qui a dépassé la croissance de la population active, le taux de chômage national a chuté de 7,0 % en 2016 à 6,3 % en 2017. Bien qu’il ait connu une modeste hausse, le taux d’activité reste inférieur de près de deux points de pourcentage à ce qu’il était au début de la récession et on s’attend à ce qu’il baisse encore au cours de la période de prévision.

Le nombre de travailleurs âgés (55 ans et plus) a augmenté de 3,8 % en 2017 tandis que le taux de chômage de cette cohorte établissait à 5,6 %. Les travailleurs de ce groupe d’âge représentent une part croissante de la base d’emploi en général, puisqu’un plus grand nombre de personnes atteignent cette cohorte d’âge et que le taux de participation de ce groupe continue d’augmenter. Au cours de la dernière décennie seulement, le taux d’activité de cette cohorte a grimpé de près de cinq points de pourcentage.

Le taux de chômage des jeunes (15 à 24 ans) a continué de baisser en 2017, s’établissant à un plancher record de 10,1 %. Chez les travailleurs du groupe d’âge intermédiaire, le taux d’emploi a augmenté de 1,4 %, ce qui a fait baisser le taux de chômage à 5,4 %.

Comparativement à l’année précédente, le secteur des services a généré près de 294 000 emplois en 2017, éclipsant les 43 000 gains générés par le secteur de la production de biens. Les industries de la vente de gros et de détail étaient en tête de tous les autres secteurs d’activités, avec des gains de 64 000 emplois. D’importants gains ont également été observés dans les services professionnels, scientifiques et techniques (+55 000) et dans les soins de santé et l’assistance sociale (+44 000).

Terre-Neuve-et-Labrador : Les taux d’emploi diminueront dans les années à venir

Au cours des 4 dernières années, le marché du travail à Terre-Neuve-et-Labrador s’est affaibli. En 2017, le taux de chômage a augmenté pour une quatrième année consécutive après avoir atteint, en 2013, son niveau le plus bas, soit 11,6 %. Ceci est grandement attribuable à une baisse soudaine du nombre d’emplois occupés, qui s’est révélée deux fois plus importante que la baisse observée au sein de la population active. Le taux de chômage, qui s’est établi à 15,5 %, est le plus élevé que la province ait connu depuis 2009. Par ailleurs, depuis que le taux de participation a atteint son niveau le plus élevé, soit 62,0 %, en 2012, il a diminué et s’est établi à 59,0 % en 2017, alors que le marché du travail perdait de sa vigueur. La population active a diminué de près de 12 000 personnes de moins depuis les cinq dernières années.

De 2013 à 2017, au sein de la population active, le groupe des 25 à 54 ans a diminué de 10 300 personnes, soit une baisse de 5,6 %. De même, il y a eu une diminution de 2 100 personnes (soit 5,8 %) dans le groupe des jeunes de 15 à 24 ans, tandis que dans le groupe des 55 ans et plus, 900 personnes (soit 1,6 %) se sont ajoutées. Plus de 80 % de la baisse du nombre d’emplois survenue au cours de cette période a touché les personnes qui font partie du principal groupe d’âge actif (de 25 à 54 ans), qui a subi la perte de 15 100 emplois. Chez les jeunes, le nombre d’emplois a diminué de 2 200; la diminution à ce chapitre a été moins importante chez les 55 ans et plus (-1 300). La population de la province vieillit : de plus en plus de personnes sont sur le point de franchir les dernières étapes de leur carrière professionnelle - alors que de moins en moins de jeunes sont disponibles pour prendre la relève à la suite des départs à la retraite - et le nombre de personnes qui font partie du principal groupe d’âge actif diminue constamment.

Depuis qu’il a atteint un niveau record en 2013, le niveau d’emploi a suivi une tendance à la baisse. La baisse du nombre réel d’emplois a été uniformément répartie entre le secteur de la production de biens et le secteur des services, même si le taux de diminution a été beaucoup plus important pour le plus petit secteur de la production de biens (-16,0 % pour les biens comparativement à -5,1 % pour les services). Dans le secteur des services, pendant la période de 4 ans visée, le déclin s’est révélé particulièrement prononcé dans l’industrie de l’administration publique (-4 200), dans les sous-secteurs des services de réparation et d’entretien et des services personnels (-3 400), ainsi que dans l’industrie des services d’enseignement (-2 900). Le nombre d’emplois au sein de l’administration publique a diminué pour la quatrième année consécutive, s’établissant à son niveau le plus bas depuis 2006. La faiblesse du marché de l’habitation a contribué à ce que l’on observe le plus faible niveau d’emploi depuis 1987 dans l’industrie de la finance, des assurances, des services immobiliers et de la location. De même, l’industrie des services d’enseignement a affiché son plus bas niveau du côté de l’emploi depuis 1977. Cependant, l’industrie des soins de santé et de l’assistance sociale a connu une légère augmentation à ce chapitre et a ainsi égalé le niveau record établi en 2013.

Dans le secteur de la production de biens, le déclin de l’emploi observé depuis 2013 s’est surtout fait sentir dans le secteur de l’extraction minière, de l’exploitation en carrière et de l’extraction de pétrole et de gaz (5 200 emplois en moins). En outre, le secteur de la fabrication a perdu 2 600 emplois au cours de cette période pour s’établir à son niveau le plus bas jamais enregistré dans la province. Dans le secteur de la pêche, de la chasse et du trappage, on a aussi enregistré une baisse graduelle à ce chapitre; elle s’est traduite, en 2017, par un niveau plus faible qu’à toute autre période auparavant. Pour ce qui est de l’industrie de la construction, l’emploi connaît une baisse depuis qu’il a atteint un niveau record en 2013; néanmoins, le nombre d’emplois occupés dans cette industrie demeure élevé d’un point de vue historique.

Graphique 2 : Terre-Neuve-et-Labrador : Nombre d'emplois et taux de chômage: les tendances
Graphique 2 : Terre-Neuve-et-Labrador : Tendances relatives à l'emploi et au taux de chômage
Montrer le tableau de données : Terre-Neuve-et-Labrador : Tendances relatives à l'emploi et au taux de chômage
Terre-Neuve-et-Labrador : Tendances relatives à l'emploi et au taux de chômage
Emploi Taux de chômage
2007 217,0 13,5
2008 221,1 13,3
2009 215,1 15,5
2010 222,8 14,7
2011 231,9 12,6
2012 240,8 12,3
2013 242,7 11,6
2014 238,6 11,9
2015 236,2 12,8
2016 232,6 13,4
2017 224,1 14,8

Source : Statistique Canada, Enquête sur la population active

On s’attend à ce que les conditions du marché du travail de la province s’affaiblissent davantage au cours des prochaines années. Le prix relativement bas des produits de base, comme le pétrole, le nickel et le minerai de fer, a eu un effet néfaste sur l’économie de la province. De plus, l’activité associée à de grands projets dans l’industrie de la construction a diminué, puisque le projet pétrolier Hebron est terminé et que le nombre maximal d’emplois a déjà été atteint dans le cadre du projet de centrale hydroélectrique de Muskrat Falls.

L’industrie minière a été frappée durement ces dernières années, surtout dans l’ouest du Labrador. Wabush Mines a mis fin à ses activités en février 2014, ce qui s’est traduit par la perte d’environ 500 emplois. La société minière Iron Ore Company of Canada (IOC), à Labrador City, a également été confrontée à des difficultés. Bien que les prix du minerai de fer se soient améliorés depuis le début de 2016, ils demeurent inférieurs à la moitié du prix record atteint en 2011. Cependant, des faits récents devraient stimuler les perspectives à long terme de l’industrie minière. IOC a commencé la construction de Wabush 3, un projet d’expansion. Ceci entraînera une augmentation du rendement de cinq millions de tonnes par année, tout en prolongeant de 12 ans les activités de la société dans la région. IOC désire également repousser les limites de la fosse de la mine Magy, dans l’ouest du Labrador. Pour sa part, la société minière Tacora Resources a acheté l’ancienne mine Scully, à Wabush, et cherche à l’exploiter. Il s’agit d’une très bonne nouvelle pour une région fortement dépendante de l’industrie minière. Par ailleurs, le prix peu élevé du nickel a poussé l’entreprise Vale à réévaluer tous ses projets, y compris le projet d’agrandissement sous-terrain à la mine de Voisey’s Bay; ce projet a été mis en veilleuse.

En novembre 2017, le premier baril de pétrole a été extrait dans le cadre du projet pétrolier Hebron. Hébron s’est joint aux projets Hibernia, Terra Nova et White Rose, qui poursuivent toutes leurs activités au large des côtes. Les trois champs où l’on produit du pétrole depuis des années sont maintenant en phase de maturité, alors la production extracôtière est à un niveau nettement plus bas que les sommets atteints il y a dix ans. Cependant, on a réalisé nombre d’activités d’expansion permettant de prolonger la durée de vie de ces champs. Citons, par exemple, les projets d’agrandissement d’Hibernia South et de White Rose (au sud). On s’attend maintenant à ce qu’Hibernia continue à produire au moins jusqu’en 2040. On a aussi annoncé que l’entreprise Husky Energy allait bel et bien réaliser son projet de White Rose (à l’ouest), ce qui est un autre signe encourageant. On prévoit que la phase de construction durera quatre ans, la première extraction de pétrole étant prévue en 2022. Dans cette province, la phase de construction comprend l’établissement d’une structure gravitaire en béton, à Argentia; de même, des logements seront érigés à Marystown. On estime que la phase de construction se traduira par 5 000 années-personnes au chapitre de l’emploi direct. Par ailleurs, le potentiel que représente une zone extracôtière dans le bassin de la passe Flamande constitue un autre facteur positif pour l’industrie pétrolière. Même si Statoil n’a pas trouvé de pétrole dans les zones forées au milieu de l’année 2017, des activités d’exploration de grande ampleur sont toujours en cours. Quoi qu’il en soit, il risque de s’écouler quelques années avant la réalisation de tout projet dans ces zones d’exploration.

Le taux d’emploi dans le secteur de la construction décroît lentement depuis l’atteinte d’un sommet en 2013. On a terminé la phase la plus intensive des travaux de construction dans le cadre du projet de centrale hydroélectrique de Muskrat Falls, alors que les travaux de même type liés au projet pétrolier de la société Hebron se sont terminés en 2017. En 2017, les mises en chantier d’habitations sont restées à peu près stables, et la tendance est à la baisse pour les années prochaines. On peut s’attendre à ce que ces mises en chantier connaissent une certaine diminution au cours des prochaines années. Les travaux de construction dans le cadre du projet pétrolier de White Rose (à l’ouest) seront bel et bien réalisés, mais le projet est de bien plus petite envergure que le projet d’Hebron et ne suffira pas à compenser le manque d’emplois attribuable à l’achèvement de celui-ci.

Le secteur des pêches fait face à des circonstances difficiles. Les crevettes et les crabes ont été les principales sources de revenus de l’industrie durant la dernière décennie; cependant, on a diminué considérablement les quotas applicables à ces espèces au cours des dernières années. À titre d’exemple, la situation des stocks de crevettes de la « zone 6 » - une zone importante pour ces espèces, qui s’étend du long de la côte nord-est jusqu’au sud du Labrador - était considérée comme étant « critique ». Il en découle que des mesures supplémentaires ont été prises pour diminuer davantage les quotas de crevettes, qui ont ainsi été réduits de 63 % dans cette zone pendant l’année 2017. Le total autorisé des captures de crabes des neiges a été diminué de 22 % durant la même année. Malgré ces diminutions, le prix passablement élevé du crabe a été un facteur déterminant en ce qui a trait à l’augmentation de 5,2 % de la valeur marchande des débarquements. Les emplois relevant de la transformation du poisson ont subi les contrecoups des réductions de quotas : l’insuffisance des stocks a entraîné la fermeture d’usines et s’est traduite par une réduction des heures travaillées pour les employés. Bien que le poisson de fond ait montré des signes de croissance au cours des dernières années, cette croissance est encore loin d’être suffisante pour compenser la perte au chapitre des mollusques et des crustacés. D’ailleurs, les stocks de morue du nord ont diminué au cours de la dernière année.

L’industrie du tourisme a tiré parti de la faiblesse du dollar canadien, ce qui fait qu’il est relativement moins cher de visiter la province par rapport au début de la décennie. Le gouvernement provincial a fait des investissements importants pour promouvoir la province comme destination touristique. En date du 31 décembre 2017, on a recensé 101 881 visiteurs venus en automobile depuis l’extérieur de la province au cours de l’année; il s’agit d’une hausse de 0,9 % en comparaison avec 2016. D’autres indicateurs propres au tourisme permettent de constater que 2017 a été une année bénéfique à ce chapitre. Citons notamment l’augmentation des taux de fréquentation, du nombre de visites effectuées dans les sites historiques nationaux et des déplacements des passagers par l’intermédiaire du service Marine Atlantique. Les énormes icebergs ont attiré l’attention à l’échelle internationale et ont stimulé l’activité touristique en 2017. L’aéroport de Gander a signalé une augmentation du nombre de passagers en 2017, alors que l’aéroport de St. John’s poursuit son projet pluriannuel d’agrandissement. Le tourisme est considéré comme étant un secteur clé dans la diversification de l’économie rurale, qui dépend grandement des pêches.

Étant donné le vieillissement de la population, on s’attend à ce que la demande en services de soins de santé demeure forte dans la province. L’emploi dans le domaine de la santé a suivi une tendance à la hausse au cours de la dernière décennie et a atteint un sommet en 2017. Cette industrie devrait constituer une importante source d’emplois dans les années à venir. Toutefois, la croissance de l’emploi dans ce domaine sera atténuée par des restrictions sur le plan des dépenses, puisque les gouvernements font face à un resserrement des budgets en raison d’une baisse des revenus et des dettes élevées.

L’emploi dans le domaine de l’éducation est touché par deux facteurs importants : les changements démographiques et les contraintes budgétaires. Ce sont dans les écoles primaires et secondaires que l’on occupe une grande partie des emplois dans ce secteur. Ce dernier éprouve des difficultés, étant donné la baisse du nombre d’inscriptions attribuable à la population qui vieillit et qui croît lentement, ainsi que les contraintes du côté des budgets.

Le nombre d’emplois dans l’administration publique a diminué considérablement depuis 2013, année où il avait atteint un sommet de 19 300. En 2017, le nombre d’emplois s’élevait à 15 100, ce qui correspond à une diminution de 22 % en quatre ans. Jusqu’en 2019, les perspectives de croissance risquent d’être freinées par les difficultés budgétaires.

Les prévisions établies dans les Perspectives professionnelles régionales au Canada de Service Canada indiquent un déclin de l’emploi pour la période de prévision de 2017 à 2019. On s’attend à ce que bon nombre des pertes d’emploi au cours de cette période soient associées aux secteurs de la construction et du commerce de détail.

Régions économiques

Le rendement du marché du travail varie considérablement d’une région économique à l’autre à Terre-Neuve-et-Labrador. De façon générale, la situation du marché du travail dans la région d’Avalon Peninsula s’est révélée bonne; elle s’est toutefois détériorée dans les autres régions. Si le marché du travail a eu un meilleur rendement dans la région d’Avalon Peninsula, cela s’explique principalement par le fait que cette région se trouve dans la région métropolitaine de recensement (RMR) de St. John’s, qui regroupe plus de 80 % de la population active du secteur en cause et qui a affiché un taux de chômage de 8,4 % en 2017. La population en âge de travailler de la région d’Avalon Peninsula a continué de s’accroître, alors qu’elle a diminué dans une mesure plus ou moins grande, selon le cas, dans les autres régions économiques. La région économique de Côte-sud-Burin Peninsula et Notre Dame-Central Bonavista Bay a subi la diminution la plus marquée, soit une baisse de 3,6 %. La diminution s’est révélée moins importante (-0,9 %) dans la région de Côte-ouest-Northern Peninsula-Labrador.

Tableau 2 : Population d’âge actif de 15 ans et plus (en milliers), selon la région économique
  2007 2017 Variation Variation en pourcentage
Terre-Neuve-et-Labrador 425,5 445,5 20,0 4,7 %
Avalon Peninsula 212,0 237,3 25,3 11,9 %
Côte-sud-Burin Peninsula et Notre Dame-Central Bonavista Bay 126,0 121,5 -4,5 -3,6%
Côte-ouest-Northern Peninsula-Labrador 87,5 86,7 -0,8 -0,9 %

Source : Statistique Canada, Enquête sur la population active

Les variations dans la taille de la population active correspondent aux changements dans la taille de la population en âge de travailler pour les diverses régions économiques de la province. De 2007 à 2017, la population active de la région d’Avalon Peninsula a augmenté de 15 300 personnes (+11,6 %), ce qui est attribuable à la situation dans la RMR de St John’s. Pendant la même période, la population active dans la région de Côte-sud-Burin Peninsula et Notre Dame-Central Bonavista Bay a diminué de 2 200 personnes (-3,3 %). En comparaison, on a observé une plus petite réduction de cette population, soit de 1 100 personnes (-2,1 %), dans la région de Côte-ouest-Northern Peninsula-Labrador au cours de la dernière décennie.

L’emploi a suivi une tendance similaire. En effet, la région d’Avalon Peninsula a affiché la croissance de l’emploi la plus forte à l’échelle provinciale au cours des 10 dernières années, soit 12 600 emplois, ce qui représente une augmentation de 10,6 %. La région de Côte-sud-Burin Peninsula et Notre Dame-Central Bonavista Bay a pour sa part affiché une perte de 3 500 emplois (-6,5 %) pendant la même période. En comparaison, la région de Côte-ouest-Northern Peninsula-Labrador a affiché une baisse de moindre ampleur, soit 1 900 emplois (-4,3 %) de 2007 à 2017.

Tableau 3 : Emploi (en milliers), selon la région économique, 2007 - 2017
  2007 2017 Variation Variation en pourcentage
Terre-Neuve-et-Labrador 217,0 224,1 7,1 3,3 %
Avalon Peninsula 118,9 131,5 12,6 10,6 %
Côte-sud-Burin Peninsula et Notre Dame-Central Bonavista Bay 54,0 50,5 -3,5 -6,5 %
Côte-ouest-Northern Peninsula-Labrador 44,1 42,2 -1,9 -4,3 %

Source : Statistique Canada, Enquête sur la population active

Il convient de noter que la croissance dans la région d’Avalon Peninsula a ralenti au cours des quatre dernières années, après s’être maintenue à un taux considérablement élevé de 2010 à 2012. Même si la taille de la population active demeure importante, l’on a observé une diminution de 10 000 emplois depuis 2012 (-7,1 %); les pertes à ce chapitre consistaient en des emplois à temps plein.

D’autre part, même si le taux de chômage s’y est accru au cours des dernières années, la région d’Avalon Peninsula est la seule région économique de la province ayant un taux de chômage plus bas que celui de la province dans son ensemble (11,0 % en comparaison avec 14,8 % en 2017). Cependant, ce taux était légèrement plus élevé que celui affiché 10 ans auparavant (10,2 %). Ailleurs, la région de Côte-sud-Burin Peninsula et Notre Dame-Central Bonavista Bay a affiché en 2017 un taux de chômage de 21,5 %, alors qu’il était de 18,7 % 10 ans plus tôt. L’année difficile qu’a connue le secteur de la pêche et l’achèvement du projet pétrolier Hebron sont les principaux facteurs expliquant cette hausse. Enfin, dans la région de Côte-ouest-Northern Peninsula-Labrador, le taux de chômage était, en 2017, 2,1 points de pourcentage plus élevé que 10 ans auparavant, alors qu’il s’élevait à 17,5 %. L’emploi a connu un déclin plus rapide que celui de la population active; la plupart des pertes au chapitre des emplois consistaient en des emplois à temps plein. Alors que le nombre d’emplois occupés dans le secteur de la construction a augmenté par rapport aux chiffres observés il y a une décennie, en raison des travaux réalisés dans le cadre du projet de centrale hydroélectrique de Muskrat Falls, d’autres industries comme celles de l’extraction minière, de la fabrication du papier et de la transformation du poisson emploient moins de personnes qu’il y a 10 ans.

Principales Difficultés Touchant le marché du travail dans la région de l'atlantique

Défi démographique

La population de Terre-Neuve-et-Labrador vieillit plus rapidement que dans le reste du Canada. Les données tirées du Recensement de 2016 ont montré que 19,4 % de la population était âgée de 65 ans et plus, l’un des pourcentages les plus élevés au pays. De plus, 14,3 % de la population avait 15 ans et moins, ce qui correspondait au plus faible pourcentage au Canada. Au cours des 6 dernières années, le nombre de décès dans la province a été supérieur au nombre de naissances, créant un écart de plus en plus grand au fil du temps. Cette tendance devrait se poursuivre. Comme la province est dans une période de ralentissement économique, le défi démographique prendra de l’ampleur; on s’attend à un accroissement de l’exode des jeunes travailleurs à la recherche de possibilités d’emploi ailleurs. On craint que la combinaison de ces tendances ait des effets néfastes sur le marché du travail et les finances publiques, car il y aura moins de travailleurs et plus de retraités. Dans la province, en 1995, 3,7 % des aînés étaient considérés comme étant à faible revenu. Ce pourcentage a grandement augmenté et s’est établi à 27,6 % en 2015, le plus élevé au pays. La même tendance a été observée au Canada atlantique et dans l’ensemble du pays; cependant, la hausse à ce chapitre enregistrée à Terre-Neuve-et-Labrador s’est révélée plus marquée. Si cette tendance se poursuit et que le groupe des aînés continue de s’accroître, la demande pour la Sécurité de la vieillesse (SV) et le Supplément de revenu garanti (SRG) pourrait augmenter de façon appréciable.

Étant donné les taux de fécondité qui demeurent faibles et le déficit continu en matière de migration interprovinciale, la hausse prévue de la migration internationale constituera le principal facteur de croissance de la population dans la région. Le taux d’immigration de la province a atteint des sommets records ces dernières années. L’immigration est largement perçue comme étant un élément clé pour relever, dans les années à venir, les défis démographiques et ceux liés au marché du travail.

Incertitude commerciale

Les événements géopolitiques récents et la montée du sentiment protectionniste aux États-Unis ont accru les préoccupations entourant les relations internationales et la stabilité commerciale. Des accords commerciaux importants pour le Canada et Terre-Neuve-et-Labrador, comme l’Accord de libre-échange nord-américain, font face à un avenir incertain. De nombreux secteurs du Canada se tiennent prêts à voir de possibles barrières commerciales (droits de douane) à l’accès au marché américain. La province est exemptée des droits que les États-Unis imposent sur le bois d’oeuvre résineux. Cependant, le département du Commerce des États-Unis a imposé deux droits totalisant 32,09 % de toutes les importations de papier de pâte mécanique non couché, comme le papier journal. Ces droits représentent plus de 30 millions de dollars par année pour l’industrie des pâtes et papiers de Corner Brook, ce qui rend moins le papier journal qui y est fabriqué moins concurrentiel. Étant donné cette situation, on craint la fermeture d’une usine qui procure un emploi direct à 300 personnes. Une telle fermeture pourrait également avoir des effets néfastes sur les bûcherons, les camionneurs et diverses entreprises dans l’ensemble de la province qui sont des fournisseurs de cette usine.

Les répercussions des nouvelles ententes ou des ententes modifiées concernant le marché du travail pourraient être importantes, dans la mesure où environ un emploi sur six dans l’ensemble du pays est directement ou indirectement lié aux exportations. Cette situation pourrait engendrer un risque plus élevé pour les petites collectivités du Canada atlantique, compte tenu du fait qu’une part plus importante d’employés, soit deux fois plus que dans les centres urbains, travaillent dans des secteurs axés sur les exportations (p. ex. l’agriculture et la fabrication). Les employeurs touchés par les modifications radicales des conditions commerciales pourraient être contraints de rajuster leurs effectifs et leurs activités en conséquence.

Fossé entre zones rurales et zones urbaines

La province de Terre-Neuve-et-Labrador comporte l’une des plus importantes populations rurales du monde industrialisé. Les résultats plus faibles de la province au chapitre de l’économie et du marché du travail, lorsqu’on les compare avec ceux obtenus dans le reste du Canada, proviennent en grande partie du mauvais rendement à l’extérieur des grandes collectivités. Le nombre d’emplois dans les secteurs comptant 10 000 personnes et plus à Terre-Neuve-et-Labrador s’est accru de plus de 9 000 de 2011 à 2017. En comparaison, le nombre d’emplois occupés dans les petits centres de population et les zones rurales a diminué de 17 000 au cours de la même période. L’écart en ce qui concerne les débouchés du marché du travail s’est accru plus rapidement dans la province qu’à l’échelle du pays.

Au Canada dans son ensemble, le nombre d’emplois dans des régions comptant 10 000 personnes et plus a augmenté de 9,4 % de 2011 et de 2017. Les plus petites régions ont, pour leur part, subi une diminution de 5,6 %. En comparaison, les plus grandes collectivités de Terre-Neuve-et-Labrador ont affiché une augmentation de 7,1 % du nombre d’emplois occupés, alors que les régions comptant moins de 10 000 personnes ont subi une baisse de 16,5 % à ce chapitre. En 2017, le taux de chômage pour les grandes collectivités de la province était de 9,3 %, comparativement à 22,3 % pour les plus petites régions. Ces tendances divergentes reflètent la concentration des pertes d’emploi dans le secteur primaire orienté vers les exportations et le secteur de la fabrication lié aux ressources dans les collectivités rurales. En outre, l’émigration chronique des segments les plus jeunes de la population modifie la composition de la population active dans les parties rurales de la province et exerce une pression accrue sur le bassin de travailleurs disponibles dans ces zones. Pour les plus petites collectivités, la rétention de la main-d’oeuvre se révélera ardue; de même, il risque d’être encore plus difficile de stimuler la migration d’entrée. Le centre Harris propose de s’adapter au déclin, de voir à l’adoption d’une approche de gouvernance qui correspond davantage aux réalités régionales et de mettre au point de meilleures méthodes en ce qui a trait à l’industrie et à la productivité.

Défis financiers

La hausse des niveaux d’endettement du gouvernement provincial continue de poser une gamme de défis pour la province. Le ratio de la dette nette au PIB a augmenté considérablement depuis quelques années. Cela signifie qu’une part croissante des recettes du gouvernement provincial sont allouées au service de la dette. Cependant, même si Terre-Neuve-and-Labrador fait des pas dans la bonne direction, son déficit demeure important : le gouvernement provincial ne s’attend pas à renouer avec l’excédent budgétaire avant 2022-2023. Le résultat de ces déficits plus faibles tient toutefois au fait qu’il pèse un fardeau fiscal plus lourd sur les ménages et les entreprises de l’ensemble de la région. De manière générale, les conséquences sur le marché du travail d’impôts élevés sur le revenu sont que les employeurs de la région ont de plus en plus de mal à attirer des travailleurs et à les maintenir en poste. Cela complique le traitement des pénuries de main-d’oeuvre, particulièrement en ce qui concerne certains emplois plus spécialisés et bien rémunérés. Les impôts sur le revenu des entreprises élevés par rapport au reste du pays rend également plus difficile d’attirer des investissements et des emplois. Outre les défis susmentionnés, le ministre des Finances de Terre-Neuve-et-Labrador a qualifié le déficit comme étant insoutenable et a fait appel aux organismes, aux commissions et aux sociétés d’État pour trouver un moyen de réduire les coûts et accroitre l’efficience opérationnelle. La situation financière de cette province fait en sorte qu’il est plus difficile de répondre à la demande de services tels que les soins de santé, l’éducation et les autres besoins essentiels. En abaissant le niveau de service, il risque d’être plus difficile d’attirer de la main-d’oeuvre.
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